Evanescence (Japon) – Laura Serani
    Evanescence (Japon) – Laura Serani

    Le Japon représente un nouveau chapitre dans le parcours et dans l’oeuvre de Borgetto, un chapitre où résonne une autre et nouvelle musique. De ses derniers voyages, il a ramené une série de petites images, précieuses comme des bijoux. Envoutantes comme des élixirs et apaisantes comme du baume. Très différentes des précédentes par leur forme et leur composition, mais encore une fois habitées par une pudeur et une délicatesse dont il est maître.

    Le nom de la série « Evanescence » restitue bien l’esprit d’une photographie empreinte de respect et de nostalgie pour un monde qui perpétue encore le culte du passé et des traditions. Au coeur du Japon d’aujourd’hui, dans une dimension hors du temps, survivent les rituels des voeux et des offrandes aux dieux, aux temples de la Cité monastique de Koyosan, bien que l’on puisse désormais y arriver directement depuis l’aéroport et que les tours touristiques s’y succèdent, tout au long de la journée. Tout comme se poursuit l’enchantement des promenades rituelles, le long du Chemin de la Philosophie, au milieu des cerisiers et de la végétation, immuable depuis des siècles, des jardins de Kyoto.

    Les images de Borgetto, aux résonances antiques, semblent en partie déjà effacées par le temps. Elles isolent des moments à la magie éphémère et font oublier la frénésie et le bruit de la ville et du monde.
    La « poétique des Polaroïds » contribue à créer une atmosphère particulière, suspendue, un certain mystère autour de clichés que l’on aurait du mal à dater et à décrypter.  Le format carré, c’est ici parfait, aussi bien pour encadrer les portraits de jeunes femmes et de couples souriants que pour isoler l’équilibre des temples et la perfection des arbres.

    Dans des prises de vue rapprochées, il permet également de pénétrer la beauté des détails et de faire exploser le scintillement des feuilles et des fleurs. Et, en les entourant comme un écrin, ce carré rend encore plus précieuses les images.

    Images sentimentales et énigmatiques qui rappellent celles des albums de famille, petits éloges de l’harmonie et de la beauté, qui se laissent lire comme des haïkus.
      

    Laura Serani